l'ostéopathe français, une démographie délirante

une affaire de gros sous : pour les caisses maladies et pour les instituts de formation.

le tour de passe -passe : d'un coté, on multiplie les praticiens non reconnus et non remboursés; de l'autre, on maintient le taux des cotisations maladie et on rend obligatoire les mutuelles.

 en France, l'ostéopathie n'est pas véritablement une profession, c'est une pratique professsionnelle, qui n'est pas réglementée.

 

Explications :

 

Un titre mais pas une formation harmonisée

En France, les ostéopathes diplomés sont en réalité des praticiens "autorisés à user du titre d'ostéopathe"

 

Les écoles                               doivent simplement satisfaire à un cahier des charges défini par le ministère de tutelle.

 

Deux filières de formation distinctes

l'une, post- bac sans sélection des étudiants;

l'autre, réservée aux professionnels médicaux

 

Deux logiques opposées

la première est une logique économique, les instituts de formation ont le plus grand intérêt à former le plus grand nombre d'étudiants, dont le recrutement est aisé puisqu'aujourd'hui tout le monde ou presque obtient le bac, seul le coût des études est un frein (il est de taile quand même).

la seconde, est une logique

toute autre, il s'agit d'offrir à la population une alternative à la médecine conventionnelle, en formant des professionnels de santé aguerris à une nouvelle thérapie, très prisée par le public.

 

Une dérégulation criante  

l'activité ostéopathique est partagée par un nombre exponentiel de professionnels ce qui ne conduit ni à une pratique de qualité ni à une sécurité satisfaisante, la France est devenue en 20 ans le pays au monde avec la plus grande densité d'ostéopathes.

Comment se définissent les professions réglementées?

Selon Bruxelles, il s'agit de professions dont l'accès et l'exercice sont subordonnés «directement ou indirectement, en vertu de dispositions législatives, réglementaires ou administratives, à la possession de qualifications professionnelles déterminées».

Il existe quatre moyens d'encadrer l'accès et l'exercice de ces métiers: les agréments délivrés par une autorité compétente suite à un contrôle de conformité, les habilitations - réglementées par décret ou arrêtés ministériels -, les certifications (diplômes d'État inscrits au Répertoire national des certifications professionnelles) et les Ordres, associations professionnelles qui fixent les critères d'accès, évaluent les qualifications, les diplômes, et accordent le certificat, le titre réservé ou le permis d'exercice.

Le secteur de la santé compte le plus grand nombre de professions réglementées (plus de 40%), viennent ensuite l'éducation, les services aux entreprises, la construction, le commerce et les transports. C’est donc à juste titre que les professions de Santé sont réglementées (Diplôme d’Etat et Ordre professionnel) pour protéger la population par une sécurité des traitements et une sélection des praticiens.

Les professionnels de Santé ne sont pas les nantis d'un système ( voir tableau ci dessus)

 

Pour la Commission européenne: « L'ouverture de l'accès aux professions réglementées devrait encourager la mobilité professionnelle au sein de l'Union européenne, stimuler la compétitivité nationale et permettre d'offrir au consommateur un choix plus large à un meilleur prix».

En France, on a fait mieux, plutôt que d'ouvrir le numerus clausus (+ de médecins, + de kinés) , on a créé une "profession" à coté de ces professions réglementées.

Les consommateurs français d'actes d'ostéopathie peuvent apprécier les vertus des injonctions de la Commission européenne, puisqu'ils constatent la non prise en charge des soins qu'ils ont choisis (ni remboursés par la Sécu, ni bien souvent par leur mutuelle obligatoire ).

 

La dérégulation n'a en définitive apporté aucune baisse des tarifs, quant à la baisse du chomage et l'équilibre des comptes sociaux, chacun sera juge.

Le louvoiement entre profession de Santé et de bien-être est une posture politique d'une grande lâcheté.

 



une ostéopathie réglementée, une nécessité

Les professions du domaine de la santé sont réglementées dans la plupart des pays développés,   (ce n'est pas le cas dans les pays en voie de développement) :

  1. parce que le patient est un individu fragilisé à cause de sa douleur, sa gène ou son handicap, il doit avoir la garantie que le professionnel qu'il aura choisi n'est pas "interéssé" à ce qu'il reste diminué.
  2. parce que son jugement n'est pas nécessairement très avisé (ses connaissances en matière médicale sont limitées parfois même erronées), il doit pouvoir faire confiance à ce que lui dira le praticien.
  3. parce que le professionnel qui prend en charge le patient et sa pathologie doit avoir une éthique garantie par un Ordre professionnel. Ordre qui est en mesure d'interdire l'exercice sur tout le territoire d'un praticien indélicat
  4. parce que le patient doit avoir des recours en cas d'aggravation par le traitement.
  5. parce que l'Etat doit être le garant des études et des diplômes permettant l'exercice.

Pourquoi cela n'a-t-il pas été le cas pour l'ostéopathie :

  • parce que l'Etat n'a pas cru à l'essor de cette discipline
  • parce qu'il a renoncé à prendre des décisions, espérant tirer partie de cette lâcheté, sur la baisse du chomage, un moindre déficit pour la Sécu et peut-être aussi trouver une issue aux bacheliers toujours plus nombreux (et aux recalés du système de sélection)
  • parce que les lobbys ont été particulièrement puissants, les oppositions interprofessionnelles très marquées (Médecins/ kinés), et les injonctions européennes déterminantes.

le "bon exemple québecois"

Des ostéopathes accusés de pratique illégale de la médecine 

Trois étudiants et deux enseignants en ostéopathie sont poursuivis pour pratique illégale de la médecine au Québec. Le Collège des médecins réclame la fermeture de leur établissement.

C’est la première fois que le Collège des médecins que Québec porte des accusations contre un centre d’enseignement, des enseignants et des étudiants. Et pas qu'un peu, puisqu'on dénombre 33 chefs d'accusations. Le directeur de la clinique du Collège d’études ostéopathiques (CEO) de Montréal, trois étudiants et deux enseignants sont notamment accusés de pratique illégale de la médecine.

Une enquêteuse du Collège des médecins s’est fait passer pour une patiente. Selon l’acte d’accusation, trois étudiants et deux professeurs en ostéopathie ont alors "diagnostiqué des maladies, déterminé des traitements médicaux et prescrit des traitements", alors que, en vertu de la loi, "ces activités sont toutes réservées" aux médecins. "Il faut que ça cesse, indique Charles Bernard, président du Collège des médecins, et nous, le seul moyen qu'on a, c'est de les amener en justice pour les faire reconnaître coupables de pratique illégale de médecine." Le président du Collège des médecins rappelle le manque de régulation de la profession. "Je pense que ces jeunes-là, de bonne foi, déboursent des montants d'argent importants, plus élevés que la scolarisation universitaire au Québec, pour avoir un diplôme, entre guillemets, un peu bidon, dans le sens que ça ne donnera pas accès à un ordre professionnel, à une profession reconnue."

Le président du Collège d’études ostéopathiques de Montréal rétorque qu’il aurait "espéré que toutes les démarches pour la reconnaissance de la profession se fassent dans la sérénité, sans attaque de dernière minute." Aujourd'hui, tout le monde peut se déclarer ostéopathe, reconnaît Louise Cantin, directrice d’Ostéopathie Québec, le plus important regroupement d’ostéopathes de la province. "Vous pouvez faire une formation en ligne de deux heures et vous pourrez porter le titre d'ostéopathe. Tant qu'il n’y aura pas d'ordre professionnel, n'importe qui peut utiliser ce titre-là", rappelle-t-elle.

Le Québec compte aujourd'hui 1 700 ostéopathes en activité.(pour un peu moins de 8 millions et demi d'habitants)

En France, on en compte désormais plus de 25 000, soit plus d'un ostéopathe pour 2500 habitants, c'est à dire deux fois plus qu'en 2010.

S'il est confortable pour le patient demandeur de ne plus avoir à "patienter" pour obtenir un rendez-vous, il est à craindre que nombre de professionnels ne puissent vivre de leur activité et dérivent vers des pratiques illégales ou mercantiles.